Retrait des pays de l’AES de la CEDEAO : Un tournant décisif !

La décision du Niger, du Mali et du Burkina Faso de se retirer de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour former la Confédération Alliance des États du Sahel (AES) marque un tournant majeur dans la dynamique ouest-africaine. Ce choix, bien que controversé, découle d’une réalité complexe où des divergences politiques, des tensions géostratégiques et des enjeux sécuritaires s’entrelacent. Cependant, cette séparation ne doit pas être perçue comme une rupture insurmontable, mais plutôt comme une opportunité de repenser la coopération régionale et l’intégration africaine.

Cette décision présente les symptômes des fragilités régionales

Depuis les indépendances, les États africains, particulièrement ceux de l’Afrique de l’Ouest, peinent à s’affranchir des modèles hérités des puissances coloniales. Les institutions comme la CEDEAO, bien qu’importantes pour l’intégration régionale, ont souvent été critiquées pour leur incapacité à répondre efficacement aux besoins des populations. Le retrait des trois pays du Sahel est avant tout une réponse à un sentiment d’injustice face aux sanctions et pressions exercées par la CEDEAO dans un contexte où ces nations affrontent des défis sécuritaires et économiques urgents.

Les dirigeants de l’AES ont justifié cette initiative par la nécessité de prioriser une coopération adaptée à leurs réalités. Ces pays, confrontés à une montée en puissance des groupes armés et à des crises socio-économiques, estiment que la CEDEAO n’a pas su répondre efficacement à ces défis. L’AES symbolise donc une tentative de réappropriation de leurs destins collectifs.

Les écueils d’une gouvernance fragmentée

Le véritable problème ne réside pas dans cette séparation en tant que telle, mais dans les failles structurelles des élites politiques africaines. L’histoire récente montre que les luttes internes, la corruption endémique et l’absence de vision à long terme ont freiné les projets d’intégration régionale. En Afrique, les idéaux panafricanistes peinent à s’incarner dans des politiques cohérentes, faute d’une volonté commune de construire des cadres de gouvernance inclusifs.

Ainsi, le départ de ces États de la CEDEAO pourrait aggraver les divisions si des efforts ne sont pas entrepris pour maintenir des ponts de dialogue. L’harmonisation des politiques sécuritaires, économiques et sociales demeure une priorité si l’on souhaite éviter un isolement mutuel.

Une opportunité pour repenser l’intégration

L’émergence de l’AES soulève néanmoins des questions stratégiques : comment cette nouvelle entité contribuera-t-elle à répondre aux défis sécuritaires, et dans quelle mesure pourra-t-elle coopérer avec les autres nations de la région ? Pour ces pays, la création de structures comme une force militaire conjointe est une démarche prometteuse. Mais elle ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’un projet global de développement économique et social.

Le panafricanisme, souvent brandi comme un idéal, doit se concrétiser par des mécanismes adaptés à la diversité des contextes africains. Plutôt que d’opposer l’AES à la CEDEAO, il serait judicieux d’envisager une complémentarité : l’AES pourrait devenir un laboratoire de solutions adaptées aux réalités sahéliennes tout en restant ouverte à des collaborations régionales plus larges.

Pour une réconciliation stratégique

La séparation de ces trois pays de la CEDEAO est un signal d’alarme pour l’ensemble de l’Afrique. Elle met en lumière la nécessité urgente de réformer les mécanismes régionaux afin de mieux répondre aux attentes des populations. La réussite de l’AES dépendra de la capacité de ses membres à transcender les divisions politiques et à mettre en œuvre des politiques inclusives et visionnaires. L’Afrique ne pourra progresser qu’en valorisant la coopération et en plaçant les intérêts des populations au cœur des décisions politiques.

Boukary Maman Daouda

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